Test en condition du récepteur Wisycom MPR-52

Disponible depuis fin 2018, le récepteur Diversity HF MPR52 apporte la souplesse du double canal dans un format compact adapté pour une utilisation avec un appareil photo, un caméscope de poing ou encore en sacoche. Test en condition.
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Après le MPR30-ENG, Wisycom propose aujourd’hui les MPR51 (simple canal) et MPR52-ENG (double canal), une nouvelle génération de récepteurs portables diversity capables de travailler en Narrowband, un mode dont la restitution audio est limité à 15 kHz, mais qui permet de réduire de 50 % l’espace HF nécessaire pour exploiter une liaison, d’où plus de liberté et de sécurité pour continuer à travailler dans des zones perturbées. Nous ne pourrons malheureusement pas tester ce mode car il réclame des émetteurs compatibles, indisponibles au moment du test. Particulièrement compact, le MPR52 embarque en fait deux récepteurs, ce qui implique qu’en mode double canal, il travaille bien en diversity d’antenne, mais pas en diversity de récepteur, une option réservée au MCR42, un modèle plus imposant doté, lui, de quatre récepteurs, mais réservé à une utilisation sacoche et caméra d’épaule.

 

Léger, mais broadcast

Particulièrement léger (environ 100 g sans batterie), le MPR52-ENG, s’il n’est pas entièrement en métal, inspire confiance quant à sa solidité. Pas de doute, on a affaire à un produit broadcast. Lorsque l’on ouvre la trappe à pile, on tombe sur un logement permettant de recevoir deux piles LR6, une possibilité à réserver ici à un usage ponctuel, le mode double canal étant relativement gourmand en énergie. Mieux vaut se tourner directement vers un bloc rechargeable Lithium-ion type C3-V3 ou CS-Klic 8000 qui portera l’autonomie à environ cinq heures. Avec deux accus et un simple chargeur, on peut ainsi partir en tournage l’esprit tranquille, d’autant plus que l’appareil peut être chargé directement via USB sans sortir l’accu.

L’examen du clapet ouvert donne l’occasion de découvrir la mention 470 –› 1 160 MHz, soit une largeur de bande HF record qui constitue d’ailleurs depuis quelques années l’un des points forts du constructeur italien. Plus concrètement, on pourra exploiter ce récepteur en France sur la plage de fréquences 470-690 MHz, ce qui est déjà confortable. Avec une telle largeur, le constructeur fournit d’ailleurs dans le kit deux longueurs d’antenne qu’il faut penser à adapter aux fréquences utilisées pour un rendement optimum.

À l’étranger, en cas de besoin, on pourra également se replier sur la bande 960 –› 1 160, dite DME, réservée pour l’instant en France à l’aviation civile, mais autorisée dans certains pays. Cela suppose évidemment de se procurer les émetteurs adéquats, mais peut rassurer l’utilisateur sur le fait que ce récepteur est paré pour affronter toutes les situations.

 

Analogique et traitement DSP

Sur le dessus du boîtier, outre les deux antennes amovibles au standard SMA, on trouve la sortie casque en minijack et la sortie double sur mini-XLR TA5 broches qui demandera éventuellement un adaptateur XLR pour véhiculer une paire analogique en symétrique ou en numérique, voire un minijack suivant l’utilisation. La plage de niveau de sortie s’étend de micro à ligne, sans adaptateur, ce qui permet de la connecter à un ensemble d’appareils depuis l’appareil photo à l’enregistreur multipiste en passant par tous les caméscopes du marché.

Testé avec les émetteurs ceinture Wisycom MPT41S (une pile) et un MTP40S (deux piles) qui acceptent également une plage de niveau importante allant de ligne jusqu’à micro, nous avons pu utiliser l’ensemble pour établir une liaison bi-piste caméra/mixette, ou pour recevoir deux micros cravates sur un enregistreur multipiste en sacoche ou sur appareil photo. Dans tous les cas, la qualité de son fait jeu égal avec les systèmes analogiques haut de gamme : le souffle est quasiment absent, on retrouve le son des capsules utilisées (ici DPA et Sanken) et la dynamique, sans égaler celle du numérique, reste importante.

En soumettant l’ensemble au fameux test des clefs qui consiste à agiter un trousseau devant une capsule, le résultat qui parvient en sortie de récepteur, sans être catastrophique, n’est pas dénué d’artefacts. Bref, il s’agit bien d’un système analogique, mais qui présente la particularité de faire appel à un traitement numérique par DSP en lieu et place d’un circuit électronique. Une technique plus moderne qui, au prix d’une légère latence (environ 1 ms), permet de simuler les principaux compandeurs du marché.

En pratique, on peut exploiter le MPR52 avec les émetteurs de nombreuses marques ou encore modifier le son de base pour s’approcher, par exemple, de celui des Audio Ltd d’antan réputés pour leur rendu agréable sur les voix.

D’autre part, les tests comparatifs de portée HF que nous avons pu mener étant trop empiriques pour être significatifs, on retiendra simplement que, sans dominer les concurrents que nous avions à disposition, le Wisycom a fait montre d’une grande régularité, assurant une liaison bicanale sur une distance d’au moins vingt-cinq mètres et ce à toutes les puissances d’émission et à toutes les fréquences utilisées.

 

Une documentation trop succincte

Autant le dire d’entrée, alors que le MPR52 fourmille de réglages et d’options, le manuel d’utilisation est incroyablement succinct. On perçoit, en Wisycom, une société animée par des techniciens virtuoses, apte à satisfaire les demandes spécifiques de grands comptes, mais visiblement peu tournée vers la communication avec l’utilisateur final. Bien sûr, dans 80 % des cas, celui-ci n’aura pas à entrer dans les menus pour changer la configuration de base, mais la publication d’un pas-à-pas, ne serait-ce que pour expliquer le processus de scan et de synchronisation automatique des émetteurs, n’aurait pas été superflue. Heureusement, une fois la procédure en main, l’opération est plutôt simple et le scan très rapide. Attention toutefois, en mode double canal, le récepteur, pour des raisons de filtrage, n’accepte que des canaux espacés de 30 MHz maximum, une contrainte qui complexifie la recherche lorsque les émetteurs n’ont pas la même plage de fréquences…

Parmi les autres points qui gagneraient à être expliqués figurent également les préréglages de fréquences organisés en groupes et canaux. L’importateur français a d’ailleurs eu la bonne idée de proposer des présélections par ville qui tiennent compte de l’intermodulation et des canaux occupés par la TNT à proximité de chaque grande ville française. L’initiative est bienvenue, mais, là encore, cette démarche n’est expliquée nulle part, pour l’instant du moins.

En revanche, la documentation donne quelques informations sur le paramétrage de la bête pour le choix du compandeur, le fameux processus obligatoire en transmission HF analogique qui prévoit une compression du signal à l’émission et l’opération inverse, l’expansion à la réception. Le choix en la matière est très complet puisque, sans parler de l’émulation permettant d’utiliser les émetteurs d’autres marques, Wisycom propose de nombreux modes comme par exemple l’ENR qui reproduit le rendu particulier du circuit Philips SA572 ou l’ENC dont le traitement est plus neutre.

Pour la partie expansion, on retrouve les mêmes modes déclinés en une mystérieuse version 1.2 conçue initialement à la demande de la BBC pour pallier la dynamique limitée de l’électronique audio présente sur certains caméscopes d’entrée de gamme ou les reflex numériques. Avec un peu d’habitude, on arrive à se familiariser avec les raccourcis, la circulation dans les menus et la validation des options. De plus, l’écran LCD se montre à l’usage plus lisible que son grand frère le MCR-42, d’autant plus que l’on peut facilement le tenir en main et l’orienter à sa guise.

 

En conclusion

Au final, le MPR52-ENG est un récepteur polyvalent, disponible seul pour les utilisateurs déjà équipés en émetteurs, mais aussi en pack. À titre d’exemple, un ensemble comprenant le MPR52-ENG incluant deux émetteurs ceinture reviendrait à 3 450 euros HT, un investissement certes, mais qui permet d’affronter l’évolution du spectre HF dans les années à venir, y compris à l’étranger, avec une certaine sérénité.

Wisycom nous propose ici un produit haut de gamme, compact avec une espérance de vie longue et des arguments solides pour séduire le marché de la location, le broadcast et les ingénieurs du son à la recherche d’une solution légère offrant en prime une paire AES en sortie.  

 

 

DEUX CANAUX PORTABLES : POUR QUELS USAGES ?

Disposer de deux canaux distincts sur un récepteur caméra permet, par exemple, de recevoir un signal stéréo ou bi-piste provenant de la mixette de l’ingénieur du son pour des prises stéréo ou une séparation perche/prémixage HF. Sur un caméscope doté de quatre canaux audio, le micro caméra mono ou stéréo pourra rester affecté en permanence sur une ou deux pistes pour garantir la présence du son d’ambiance en toute circonstance, les deux autres restant dédiés à l’enregistrement des deux canaux du MPR52 pour réaliser par exemple des ITV avec deux micros sans fil, mains ou cravates, suivant les circonstances. Une solution confortable et efficace en news et en documentaire, qui permet également d’enregistrer les interviews dans de bonnes conditions.

Ce type de configuration devient d’ailleurs de plus en plus d’actualité avec l’arrivée sur le marché de caméscopes de poing dotés de quatre pistes, même si cela s’accompagne souvent de limitations quant à l’affectation des pistes. Aussi, AEI, l’importateur français de Wisycom, étudie-t-il actuellement une solution spécifique pour le caméscope Sony XDCAM PXW-Z280 qui permet de fixer le récepteur à l’arrière de façon à laisser l’avant libre pour exploiter une minette, et d’assigner l’audio sur les entrées 3-4 qui, en standard, sont uniquement disponibles sur la griffe intelligente.

Rodolphe Fabbri, directeur d’AEI, nous donne par ailleurs d’autres exemples d’utilisation parfois étonnants du récepteur MPR52-ENG : « Certains utilisateurs dédient le deuxième canal pour transmettre ou recevoir des ordres, d’autres s’en servent comme d’un analyseur de spectre HF temps réel en le connectant à un PC muni du programme Wisycom Manager 2. »

 

 

LES ACCESSOIRES

De nombreux accessoires spécifiques sont disponibles pour la fixation sur caméscope, ainsi que l’alimentation. Ainsi, AEI propose des câbles adaptateurs spiralés pour connexion XLR ou minijack. En absence de norme, ces dernières sont spécifiques en fonction du type d’appareil photo ou de mini caméra.

En plus de la fixation sabot standard, l’importateur français propose des intégrations spécifiques réalisées en impression 3D, notamment à la demande de France TV. On trouve ainsi un accessoire qui permet la fixation sur le côté du caméscope Sony PXW-X200, tandis qu’un autre est en cours de développement pour une fixation à l’arrière du Sony PXW-Z280, de façon à dégager l’avant de la caméra pour y placer une minette et mieux répartir le poids.

D’autre part, le MPR52 est alimentable depuis une batterie caméra munie d’une fiche D-Tap via l’adaptateur spécifique, ou encore via un adaptateur Hi-5-20 V pour l’utilisation en sacoche. Signalons enfin les accus au format Klic 8000 rechargeables sur chargeurs dédiés ou via USB. Attention toutefois, Wisycom déconseille de charger le MPR52 pendant l’utilisation, sous peine de voir apparaître des clics audio générés par certains accus…

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #33, p.20/21. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors-Série « Guide du tournage ») pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.